Ces temps-ci, à chaque fois que j’entends, à la radio ou à la télévision, ou que je lis dans la presse, les dernières incartades de George Frèche, actuel président de région, il me vient à l’esprit avec amusement le début de cette chanson d’Adamo et Olivia Ruiz : « Mais qu’est-ce qu’il a, mais qu’est-ce qu’il a ce George ?
Certes, quand on est observateur attentionné de la vie politique régionale, on connaît le personnage depuis 30 ans au moins, depuis qu’il a conquis la mairie de Montpellier en 1977.
Dès lors on ne se laisse plus surprendre. En trois décennies, on pourrait penser avoir compris l’essentiel de ses spécificités, on pourrait croire qu’on a fait de tour de ses qualités et ses défauts.
Son goût pour la provocation est légendaire, son côté pagnolesque est sans doute savamment cultivé, mais lorsqu’on prend la peine de ne pas s’en tenir à ça, on reconnaît vite la dimension, l’envergure de l’homme politique. Son originalité aussi, sa façon d’être à part, farouchement à part, et d’avancer dans sa carrière, tantôt avec la clairvoyance du visionnaire, tantôt avec la brutalité du bulldozer.
Depuis, quelques années, depuis qu’il est président de la région, même si rien ne permet d’affirmer que les deux soient liés, notre George régional de déchaîne, ses saillies semblent de plus en plus incontrôlées. Le sont –elles vraiment ?
En d’autres termes, quelle est la part de dérapage, et quelle est la part de cinéma dans tout cela ?
Parce que c’est trop facile, je me refuse, comme beaucoup, à hurler avec les loups, à faire semblant de croire que tout ce qu’il dit doit se retourner contre son parti.
Mais là encore, qui peut dire aujourd’hui quel est son parti ? Il n’est plus membre du PS, les socialistes l’en ont exclu. Pourtant il continue haut et fort à se revendiquer un homme de gauche.
Donc, par parti pris politique, ceux qui sont contre les socialistes se délectent de la moindre sortie de M. Frèche, et en font des gorges chaudes, tandis que les autres ont tendance à se faire discrets, ils tentent de cacher leur gêne, comme on s’applique à dissimuler la brebis galeuse qu’on a parfois dans sa famille.
Lorsqu’on s’efforce de ne se laisser happer par aucun des clans, quand on préfère l’analyse rationnelle à la réaction passionnée et partisane, on n’a pas pour autant la partie facile.
Un jour, le grand George donne l’image d’un raciste, le lendemain d’un machiste invétéré, le surlendemain, il fusille ses amis politiques
à bout portant.
Et on se dit : « Là, il y va fort, sa carrière d’homme public est finie ».
Sauf que quelques jours plus tard, tel un super phœnix, il renaît de ses cendres et recommence à triompher, plus provocateur que jamais.
Faut-il se dire outré par des paroles incontestablement outrancières, ou bien existe t’il un décodeur qui permettrait de déchiffrer en direct les signaux émis par Frèche ?
Car au bout du compte, la question de fond est celle-ci : y a t’il une stratégie derrière tout cela ? Les dérapages qui ponctuent, ou qui émaillent, les discours par ailleurs souvent brillants de George Frèche sont-ils des démangeaisons soudaines et incontrôlables, ou au contraire des incongruités sciemment distillées, avec un objectif connu de lui seul ? Pour son bord politique, Georges Frèche est-il un fardeau ou reste t-il un atout?
A ma connaissance le décodeur Frèche n’a pas encore été inventé, aucun de ses amis ne s’étant risqué jusqu’ici à livrer la moindre clé explicative.
Alors le mystère subsistera, en même que le scandale épisodique des saillies de M. George. Qui, finalement, est autant un personnage de littérature que de politique. Parfois de littérature de quai de gare, mais de littérature tout de même.