Un attitude assez répandue chez de nombreux citoyens aujourd’hui consiste à dire des politiciens qu’ils sont tous pourris quel que soit leur bord, et qu’il n’y pas grand chose à attendre d’eux. Pas très motivant pour aller voter dimanche prochain.
Ce pessimisme est exagéré, même s’il repose sur un fond de vérité.
A quelques jours du scrutin municipal, il est opportun d’approfondir la réflexion pour ne pas sombrer dans un négativisme qui, de toute façon, ne peut déboucher sur rien .
D’abord, je ne crois pas que les gens qui s’engagent dans la politique et les partis soient tous pourris. Je suis au contraire convaincu qu’au départ, la majorité de ceux qui le font sont sincères. En France, ils sont très peu nombreux, et constituent, grosso modo, 1% de la population, pas davantage. Et leur rareté ne les rend que plus précieux à priori.
Ce qui est parfaitement vrai, par contre, et très probablement depuis que l’homme est l’homme, c’est que le pouvoir pourrit, pour reprendre la formule du départ, qu’il transforme et dénature souvent ceux qui l’exercent.
Nos ancêtres, ceux qui ont fait les révolutions et ont parfois payé très cher leur engagement, l’avaient compris et ont essayé d’intégrer cette réalité aux systèmes politiques qu’ils ont mis en place.
L’ensemble des démocraties ont en commun les notions de contre-pouvoir et d’alternance.
Le contre-pouvoir, inhérent donc à toute démocratie, commence par la faculté de critiquer librement les décisions prises par les responsables politiques. Et puis il y a les règles, la loi, qui définit ce qui est interdit.
Ensuite, il y a l’alternance au pouvoir. On élit quelqu’un pour une durée déterminée, et dans de nombreux pays, il existe un nombre maximum de mandats électoraux. Par exemple, aux Etats-Unis, on ne peut élire un président que de 2 fois.
Ces règles, ces garde-fous, qui rappelons-le, n’existent que dans les démocraties, canalisent l’exercice du pouvoir.
Est-ce à dire que l’abus de pouvoir, ou moins gravement, l’excès de pouvoir, est entièrement impossible ?
Hélas non. Chaque jour qui passe l’illustre tristement, que ce soit au niveau national ou local.
D’abord parce que la loi précise généralement ce qui est interdit. Avec comme corollaire, que tout ce qui n’est pas interdit…est permis. Ce qui laisse beaucoup de place pour l’exercice excessif du pouvoir.
Ensuite, parce que ce même pouvoir monte vite à la tête. L’élu a trop souvent tendance à oublier qu’il est une personne ordinaire, à qui les institutions confient, pour quelque temps, le pouvoir de décider pour les autres.
A ce jour, rien, ni personne, n’a jamais démontré que le pouvoir rend plus intelligent. Mais l’élu, justement, parce qu’il se retrouve avec la faculté de décider pour les autres, en arrive parfois à penser qu’il est plus intelligent que ceux pour qui il décide. Et donc, qu’il doit être réélu, encore et encore, puisqu’il est plus intelligent.
C’est ce qu’on appelle familièrement « la grosse tête ». La règle, non écrite, devient celle-ci : l’élu du peuple ne tolère alors dans son entourage que les gens qui obéissent, pas ceux qui réfléchissent.
L’intelligence suprême, quand on est au pouvoir, c’est de savoir garder la tête froide et rester modeste. Mais rarissimes sont ceux qui sont touchés par cette grâce ! Ainsi va la nature humaine.
Cela dit, quand vous voterez dimanche pour choisir votre futur maire, interrogez-vous sur la capacité de votre candidat préféré à conserver sa modestie et la lucidité une fois élu, et votez…en conséquence.