Vous connaissez probablement l’expression française "aller à Canossa", même si celle-ci est littéraire et peu employée.
Elle a pour origine la mésaventure survenue au 11° siècle à un empereur d’Allemagne qui s’était rendu à Canossa, en Toscane, pour y rencontrer le pape après s’être opposé à lui, et il avait été accueilli de façon humiliante et indigne de son rang par ce pape.
Aujourd’hui, elle signifie se soumettre aux injonctions d’un adversaire ou d’un ennemi, en fait, elle est synonyme de grande humiliation.
Au vu du différend franco-chinois actuel, et de la solution choisie par le gouvernement français, on pourrait remplacer Canossa par Pékin dans l’expression en question.
Car l’envoi de personnalités chargées d’aller se rapetasser avec le gouvernement chinois, parmi lesquelles l’ancien premier ministre M. Raffarin, correspond fort bien à l’expression « aller à Canossa ».
En effet, il s’agit ni plus ni moins d’aller faire des courbettes à Pékin, très en colère contre la façon dont les Français ont traité la flamme olympique lors de son passage à Paris, après que des Français de l’organisation « Reporters sans frontières » soient allés troubler la cérémonie de lancement de cette symbolique flamme à Pékin même.
Certes, ce n’est pas notre faute si la Chine est aujourd’hui un pays qui n’accepte plus les remontrances moralisatrices des pays occidentaux sur son mode de fonctionnement, et notamment, sur son application des droits de l’homme telle que nous la concevons chez nous.
La Chine est devenu un géant économique, et continue à se développer à une allure qui ne nous est plus familière depuis des décennies. Et nous Français sommes très mal placés pour feindre de l’ignorer puisque notre économie est devenue très dépendante de ce pays.
Alors, évidemment, lorsqu’une nation devient une puissance économique, elle se considère rapidement comme une puissance politique. Et naturellement, elle n’apprécie guère qu’on critique son système politique, qu’on prétende lui donner des leçons sur ce qu’elle doit faire chez elle.
Que certaines choses nous choquent dans la manière dont les Chinois sont traités par leur gouvernement, c’est parfaitement clair. Mais que nous ayons la présomption de penser que nous allons pouvoir influer sur ce même gouvernement, c’est d’une incroyable naïveté.
Il serait temps, en France, qu’on prenne la mesure de ce que nous sommes vraiment, tant au plan extérieur qu’au plan intérieur, de ce que sont nos forces et nos faiblesses, non pas au siècle passé, mais dans celui-ci.
Il est vrai que le gouvernement français n’est pas responsable entièrement de la façon dont les Chinois ont pu se sentir déconsidérés par les manifestants pro-Tibetains à Paris. Chez nous, le droit de manifester est constitutionnel, et même le président de la république ne peut rien contre.
Mais au sein même du gouvernement français, certains ministres ou secrétaires d’Etat se sont crus autorisés à parler sur un sujet que de toute évidence, ils ou elles, connaissaient très mal, en avançant certaines conditions que le président Sarkozy aurait mises en avant pour sa participation à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques. Conditions immédiatement ressenties par la Chine comme une leçon de morale politique.
Avec, immanquablement, l’effet que l’on constate aujourd’hui.
Et que ceux qui pensent que tout cela à quelque chose à voir avec le sport se détrompent. C’est de l’économie politique, ou de la politique économique, au choix.
Le président Sarkozy a jugé que le mal était profond et que la situation n’était pas à notre avantage.
C’est pourquoi il a envoyé nos prestigieux émissaires à Pékin…en passant par Canossa.